Dès le début de l'évènement "IA et contractualisation" qui s'est tenu vendredi 7 juin dernier au Palais Brongniart, en partenariat avec La Place Fintech, Olivier Martret de Serena Capital plante le décor : « Aujourd’hui, le sujet du juridique dans une entreprise est massif. Cela touche l’ensemble des business units. Le marché est estimé entre 10 et 12 milliards dans le monde, et cela va aller en augmentant. » L’investisseur a récemment misé 8 millions d’euros dans Formality, une solution de “gestion intelligente des documents”. « Le marché européen des outils et des Saas pour les équipes juridiques et de compliance n’a pas connu de grandes innovations depuis un certain temps. Nous estimons les gains de productivité d'une solution comme Formality entre 20 et 40% pour les équipes juridiques » continue Olivier Martret.
Source : Formality
La solution proposée par la start-up centralise les documents juridiques d'une entreprise et permet d'interagir avec la manne d'informations qu'ils contiennent, en s'intégrant dans tous les outils des collaborateurs (Slack, Teams, etc...). Sa solution d’IA succède donc aux très nombreuses solutions cloud et saas, pour créer une nouvelle forme de gestion intelligente des documents.
Tout document considéré comme important et signalé comme tel à Formality est scanné par l'IA qui va en extraire les informations importantes. « Nous avons entraîné notre IA sur 65 types de documents, cela va bien au-delà du contrat. Elle est donc capable d’identifier les informations importantes, de les stocker, mais aussi de ranger le document dans le bon dossier, et sous la bonne version», explique son responsable marketing Corentin Guillemard. Les avantages d'une telle solution sont triples : gain de temps, réduction des risques et économies financières : « Hier, un collaborateur qui avait besoin d’un document devait nécessairement déranger l’équipe juridique pour l’obtenir. Aujourd’hui c’est fini, il peut directement le demander à l’assistant IA ».
Tomorro pour aider les équipes juridiques aujourd’hui
Tomorro, de son côté, se concentre spécifiquement sur les contrats, là où Formality s'attaque à tous documents juridiques ou administratifs. La fintech, qui a levé récemment 11 millions d'euros auprès d'Otium, Resonance et Bpifrance, propose une solution de gestion de contrats collaborative qui sera bientôt assistée par intelligence artificielle. « Notre métier est d’accélérer la gestion d’un contrat tout au long de son cycle de vie » explique le fondateur et CEO de Tomorro Antoine Fabre. La société compte actuellement plus de 200 clients, principalement français, des grands comptes comme Vinci jusqu'aux néobanques comme Qonto.
Source : Tomorro
La société compte actuellement plus de 200 clients, principalement français, des grands comptes comme Vinci jusqu'aux néobanques comme Qonto. L'ambition de l'entreprise est de pouvoir, dans un futur proche, réviser des contrats grâce à l'intelligence artificielle : « Nous cherchons aujourd’hui à rendre plus autonome la révision de contrats. Nous sommes convaincus que l’IA en deviendra rapidement capable » explique Antoine Fabre. Pour l'instant, l'entreprise propose un système qui permet à ses clients de cartographier toutes leurs politiques contractuelles. A partir d'une version d'un contrat, Tomorro peut par exemple proposer des alternatives de clauses basées sur les politiques contractuelles de la société.
Human in the loop
Dans toutes ces solutions se posent évidemment la question de la dimension humaine, souvent considérée comme primordial dans tout enjeu juridique, et notamment dans la contractualisation où la gestion des émotions est clé : « Il y a un véritable enjeu de laisser l’humain au cœur des décisions » explique Yoni Cadosch, directeur Finance, Tranformation et Performance chez Micropole. Un avis appuyé par l'avocat Gilles Rouvier, de Lawways : « L’expertise va être de plus en plus importante, d’une part pour rédiger le bon prompt pour bien utiliser l’IA, et d’autre part pour s’assurer que ce qui est généré par l’IA a une pertinence ». Ce dernier souligne également le rôle primordial accordé à l'intervention humaine dans la future législation européenne de l'IA : « L’AI Act à venir a une dimension essentielle de transparence, avec cette nécessité d’avoir toujours un humain dans la boucle pour s’assurer que ce qu’a généré l’IA est raisonnable ».
La question de la confidentialité des données, centrale dans les enjeux juridiques, a également été soulevée. « Il y a un risque de méconnaissance des collaborateurs de l’entreprise, qui vont sortir des données sensibles de l’entreprise pour alimenter involontairement des outils d’IA » alerte Yoni Cadosch. Sur ce point, Corentin Guillemard et Antoine Fabre rappellent l'existence des DPA (data privacy agreement), des contrats obligatoires dans le cas d'un prestataire extérieur appelé pour traiter des données personnelles. « La grande problématique est l’alimentation et l’entraînement des LLMs. Il est nécessaire de s’informer sur l’existence de garantie sur la non-utilisation des données » conclut Gilles Rouvier.
Pour en savoir plus :