La France et les robots, I : nos prévisions pour 2025

Le point sur la recherche en IA • Qant, M. de R. avec Midjourney

L’analyse de l’institut HAI de Stanford montre qu’en 2023, la recherche européenne en IA s’est ressaisie, repassant devant la Chine. La France classe troisième puissance mondiale de l’IA. Qu’en sera-t-il l’an prochain ?

Chaque année, l'institut Human-Centered AI (HAI) de l'université Stanford dresse un tableau précis de l’état de l’IA. La septième édition a pris une ampleur sans précédent : quelque 500 pages. Parue il y a dix jours, elle souffre d’une date de publication tardive, car ses données s’arrêtent toutes à 2023. Mais les tendances qu’elle illustre sont, généralement, toutes restées à l’œuvre en 2024 et certaines se poursuivront en 2025. D’ici à la fin de l’année, Qant se basera sur cette étude – et bien d’autres – pour vous proposer un fruit de saison : l’almanach des prévisions pour l’an prochain.

Les émules de ChatGPT

Le rapport met particulièrement en lumière la centralité du deep learning. La révolution des réseaux de neurones continue de dominer la scène, portée par l’explosion des modèles de fondation. Leur nombre a plus que doublé l’année dernière, portés par l’explosion des modèles ouverts au public.

Modèles de fondation par type d'accès, 2019-2023 • Source : AI Index

Les LLM ont permis des avancées significatives, dans le traitement du langage naturel comme chacun sait, mais aussi dans des domaines comme la vision par ordinateur et la médecine. Mais la concentration sur l’architecture Transformer risque de freiner l’exploration d’approches alternatives comme les systèmes symboliques ou hybrides, pourtant essentiels pour surmonter certaines limites actuelles de l’IA.

Palmarès

Troisième pays mondial pour l’IA, la France tire bien son épingle, avec 8 modèles “remarquables” en 2023, contre 15 en Chine et 61 aux États-Unis. Elle est aujourd’hui le seul pays européen avec 4 créateurs de modèles de fondation : Mistral, Poolside, H et Kyutai.

Nombre de modèles d'apprentissage automatique notables par zone géographique, 2023 • Source : AI Index

L’écosystème du Vieux Continent montre, en général, une bonne vitalité, soufflant la deuxième place mondiale à la Chine malgré la politique volontariste de celle-ci.

Number of notable machine Learning models by select geographic area, 2003-2023 • Source : AI Index

La compétition entre nations se reflète aussi dans le volume de publications scientifiques. Les chercheurs chinois, par exemple, se démarquent par une augmentation rapide de leur production, rivalisant désormais avec les États-Unis. Cependant, le rapport souligne que la qualité et l’impact des travaux varient, avec une concentration des articles les plus influents dans un nombre restreint d’institutions d’élite.

Cela va de pair avec la scalabilité des modèles. L’entraînement de grands modèles de type GPT nécessite des ressources informatiques considérables, ce qui limite leur accessibilité à quelques acteurs dominants.

L’essor des collaborations interdisciplinaires

Un autre point fort du rapport est l’émergence de collaborations entre l’IA et d’autres disciplines. La biologie, par exemple, bénéficie directement des outils d’apprentissage automatique pour des projets complexes comme la prédiction de structures protéiques. En parallèle, les sciences sociales explorent l’impact de l’IA sur les sociétés, en étudiant des questions comme la surveillance, les biais ou l’automatisation du travail.

Ces convergences ont conduit à une diversification des objectifs de recherche. Les travaux ne visent plus uniquement à améliorer la précision ou l’efficacité des algorithmes : ils s’orientent de plus en plus vers des finalités sociales et éthiques. Cela inclut la réduction de l’empreinte carbone des modèles, souvent très gourmands en énergie, ainsi que le développement d’approches inclusives, impliquant des voix diverses dans la conception des technologies.

Prévisions 2025 : le volet militaire

L’Europe a commencé à réarmer ce qui, généralement, est favorable à la recherche et à l’industrie. Alors que la Chine est prise dans la tourmente financière, l’industrie allemande peut ainsi chercher un débouché dans la production de plateformes d’armes lourdes, comme le suggèrent, par exemple, les manœuvres souterraines de Rheinmetall autour du futur char européen.

Confrontée aux menaces trumpiennes sur l’Otan et à l’angoisse montante en Pologne, en Allemagne et dans les pays scandinaves, l’Europe devrait accélérer le mouvement. La France pourra faire valoir, non seulement le nucléaire et l’aéronautique, mais aussi l’avance française dans la recherche en IA.

Un sentiment nouveau.

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