Le métavers n’est pas mort. Lors de la conférence Meta Connect qui s'est tenue jeudi soir, plusieurs annonces intéressantes ont été faites dans le domaine des technologies immersives et de l'intelligence artificielle. Mais parmi les principales nouveautés présentées, on retrouve les lunettes holographiques Orion, les nouvelles fonctionnalités des lunettes Ray-Ban Meta, un partenariat stratégique avec Essilor Luxottica. Meta a également dévoilé les derniers modèles de Llama, des surcouches applicatives pour l'IA, et le casque de réalité virtuelle Quest 3S.
Une constellation nommée Orion
Les ambitions de Meta dans le domaine de la réalité augmentée et de l’intelligence artificielle convergent dans le prototype des lunettes Orion. Présentées des lunettes holographiques, elles intègrent des micro-projecteurs LED qui affichent des images directement sur les lentilles en carbure de silicium, grâce à des microprocesseurs spécifiques.
Comme le casque Apple Vision Pro, elles permettent de superposer des informations contextuelles sur les objets environnants. Mais il ne s’agit pas de pass-through : l’utilisateur ne regarde pas des caméras qui filment son environnement, mais directement le monde réel sur lequel les lunettes peuvent afficher, par exemple, des étiquettes sur des ingrédients placés sur une table (avec la quantité nécessaire pour la recette ou des avertissements en cas d’allergie, par exemple).
Les lunettes Orion se connectent à un module de calcul externe qui permet l’accès à l’intelligence artificielle. Outre les technologies devenues générales de détection des mouvements des yeux et des mains, elles sont accompagnées d'un bracelet neural qui permet de détecter des gestes simples et, surtout, d’un dispositif d’interface neuronale directe (brain-computer interface ou BCI).
Big deals
Les fuites, savamment orchestrées avant l’événement, indiquent que les premiers modèles d’Orion devraient être commercialisés en 2027. Mark Zuckerberg s’est contenté de faire référence à une réflexion en cours sur l’industrialisation. Mais le coup de communication a réussi : Meta devient crédible quand il se targue d’être en avance sur son principal concurrent, Apple, dans l’informatique spatiale et la réalité mixte. “This is a big deal !”, s’exclamait le CEO de Nvidia Jensen Huang filmé pendant qu’il testait le prototype.
Mark Zuckerberg a par la suite confirmé qu’un investissement minoritaire de Meta dans le leader mondial des verres correcteurs et des montures de lunettes, le franco-italien EssilorLuxottica, est en préparation, pour accompagner “sa transformation en un groupe tech”. Le partenariat déjà signé porte, notamment, sur les verres photochromiques.
En attendant Orion, en effet, Meta met à jour ses lunettes Ray-Ban : des verres capables de s’adapter rapidement à la lumière ambiante faciliteront leur usage au quotidien. L’ajout de capacités vocales à Llama 3.2, et donc Meta AI, va dans le même sens. Pour l’heure, le million de lunettes vendues – selon des chiffres non officiels – semble avoir été principalement utilisé pour passer des appels téléphoniques et filmer des vidéos, mais les insuffisances de MetaAI ont limité les interactions avec les plateformes sociales de Meta : publier les vidéos sur Instagram, par exemple.
Le problème ne se pose pas en Europe, où l’usage des lunettes Meta est interdit par la règlementation des données. “L’éternel optimiste en moi veut croire que nous allons trouver une solution au problème”, soupirait publiquement Mark Zuckerberg hier soir. Pour l’heure, le problème s’aggrave : certaines fonctionnalités avancées des nouveaux modèles Llama ne seront pas disponibles, tout comme son modèle le plus puissant, Llama 405B.
Des petits Llama dans le téléphone
En ce qui concerne l'intelligence artificielle, Meta a introduit les modèles Llama 1B et 3B. Ces versions plus légères de la famille Llama se concentrent sur une utilisation mobile et incluent des capacités de traitement visuel. Elles peuvent analyser des images, interpréter des graphiques et répondre à des questions en se basant sur des éléments visuels. Cette fonctionnalité place Llama en concurrence directe avec Gemini Nano chez Google (lire Qant du 7 décembre 2023), la série OpenELM chez Apple ou Phi3 chez Microsoft (lire Qant du 26 avril).
Afin de simplifier l'utilisation de ses modèles d'IA, Meta a également lancé plusieurs surcouches applicatives. Llama Guard est par exemple une interface de sécurité qui protège les interactions utilisateurs-IA contre les abus potentiels. Llama Stack est de son côté une plateforme de développement permettant aux programmeurs de créer des applications basées sur les modèles Llama. Dans le métavers, AI Studio est un outil dédié à la création de contenus visuels personnalisés. Ces applications visent à démocratiser l'accès à l'intelligence artificielle et à faciliter son intégration dans les différents produits et services de Meta.
Le crépuscule du Quest ?
Enfin, le casque de réalité virtuelle Quest 3S a été officiellement présenté. Il se positionne comme une alternative plus abordable au Quest 3, en raison de l'absence de capteur de profondeur et de la réduction de la résolution des écrans. Il conserve néanmoins les mêmes performances de calcul grâce au processeur Snapdragon XR2 Gen 2 et utilise les mêmes contrôleurs Touch Plus. Disponible à partir de 299,99 dollars (environ 285 euros), le Quest 3S vise à élargir l'audience des casques VR en proposant une expérience immersive à un prix plus accessible. L'introduction de ce modèle s'accompagne de la cessation de production des Quest 2 et Quest Pro, simplifiant ainsi l'offre de Meta dans ce secteur.
Malgré ce tarif plus accessible, le casque ne semble pas destiné à devenir un produit grand public en raison de son format peu adapté à une utilisation prolongée. En revanche, les lunettes connectées de Meta, comme celles développées en partenariat avec Ray-Ban, présentent un potentiel bien plus prometteur. Leur intégration de l'IA et leur ergonomie les rendent déjà utiles au quotidien, en facilitant des tâches telles que les traductions en temps réel ou la mémorisation de l'emplacement de stationnement. Sans compter Orion, pour qui Meta affiche l'ambition de transformer les interactions numériques et surpasser les limites actuelles de la réalité virtuelle.
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