Les arnaques sentimentales ou financières sont devenues le premier secteur du crime crypto. En 2024, elles ont généré près de 10 milliards de dollars, selon les recensions actuelles de Chainalysis, sur un total de 41 milliards. Les deux chiffres sont destinés à augmenter, à mesure que l’institut identifie de nouvelles adresses frauduleuses : en première estimation, Chainalysis prévoit au moins 12 milliards sur 51 milliards.
Alors que les rançongiciels se contractent de 36%, l’IA générative a permis une explosion des "pig butchering scams", qui consistent à manipuler psychologiquement les victimes sur une longue période avant de les inciter à des investissements frauduleux : +40 % par rapport à 2023. Les services d’analyse blockchain montrent une augmentation de 1900 % des flux financiers vers des vendeurs de logiciels d'IA sur la plateforme Huione Guarantee, une marketplace underground facilitant les activités frauduleuses.
Revenue cryptos des escroqueries par type • Source : Chainalysis
L’IA au service des fraudeurs
Les criminels ont intégré l’intelligence artificielle générative dans leurs stratégies de fraude, notamment via la génération de faux profils réalistes, la création de chatbots persuasifs et de deepfakes. Ces outils leur permettent notamment de créer des fausses identités numériques capables de contourner les vérifications KYC (Know Your Customer) des plateformes d'échange, mais aussi de simuler des conversations convaincantes pour manipuler les victimes sur de longues périodes. L’essor de l’IA contribue ainsi à une professionnalisation accrue des arnaques, rendant leur détection plus difficile.
La cambodgienne Huione Guarantee s'est imposée comme une plateforme centrale dans l'écosystème des escroqueries crypto. Officiellement présentée comme une place de marché décentralisée, elle est en réalité un hub pour les services illicites, facilitant à la fois l’infrastructure technologique des fraudes et le blanchiment d’argent. Depuis 2021, Huione a traité plus de 70 milliards de dollars en transactions cryptographiques, dont une part significative provient d’escroqueries.
Les services proposés incluent la vente de bases de données volées, d'hébergement de sites frauduleux, de comptes pré-validés sur des plateformes d'échange et de solutions de blanchiment d’argent. Cette professionnalisation permet aux arnaqueurs de rationaliser leurs opérations et d’assurer une plus grande rentabilité.
Des victimes de plus en plus nombreuses
En 2024, le nombre de victimes d’arnaques cryptographiques a explosé, notamment en raison de nouvelles méthodes de ciblage. Les fraudeurs exploitent des bases de données enrichies via l’IA pour affiner leurs attaques et identifier les profils les plus vulnérables. De plus, les techniques d’empoisonnement d’adresses crypto ont vu leur prévalence augmenter de 15 000 %, ciblant les utilisateurs disposant d’importants soldes en cryptomonnaies.
L’impact est particulièrement visible chez les investisseurs non avertis, les personnes âgées et les populations moins familières avec la technologie blockchain. Dans certains cas, ces victimes perdent l’ensemble de leurs économies en raison de transactions frauduleuses quasi impossibles à annuler.
Les nouvelles tendances du blanchiment d’argent
Les flux illicites issus des arnaques en cryptomonnaies suivent des schémas de blanchiment de plus en plus complexes. Les criminels utilisent principalement des échanges centralisés (CEX) pour liquider leurs gains, mais aussi des protocoles DeFi et des services de mixage. La prolifération de stablecoins anonymisés accentue ces risques.
Un autre vecteur de blanchiment en forte progression est l’utilisation des crypto-distributeurs de billets. En 2024, ces distributeurs ont été impliqués dans des escroqueries totalisant plus de 65 millions de dollars, une augmentation de 43 % en un an. Plusieurs enquêtes récentes montrent que les fraudeurs dirigent leurs victimes vers ces machines pour retirer des fonds en espèces ou convertir leurs avoirs en stablecoins intraçables.
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