L’engouement pour les monnaies numériques à l’épreuve de Donald Trump

Des monnaies numériques partout • Qant, M. de R. avec Midjourney

Les monnaies numériques de banque centrale sont devenues un axe de recherche majeur pour les institutions financières et les gouvernements. Une analyse bibliométrique met en lumière les tendances et les défis de leur adoption à l’échelle mondiale. En oubliant le principal : Donald Trump.

Dès son arrivée à la Maison-Blanche, le 23 janvier dernier, Donald Trump a signé un décret exécutif interdisant explicitement la création, l’émission, la circulation ou l’utilisation d’une monnaie numérique de banque centrale (CBDC) aux États-Unis. Intitulé « Renforcer le leadership américain dans la technologie financière numérique », ce décret invoque des risques pour la stabilité financière, la vie privée individuelle et la souveraineté nationale comme raisons de cette interdiction. Trump a également annulé les politiques précédentes de l’administration Biden qui soutenaient le développement des CBDC et s’emploie à favoriser, au contraire, le développement des cryptomonnaies.

Résultats favorables

Or, la recherche montre plutôt l’inverse. L’essor des monnaies numériques de banque centrale adossées à la blockchain suscite un intérêt croissant dans les milieux académiques et financiers. Un récent article publié dans l’Eurasian Economic Review analyse l’évolution de ces recherches en s’appuyant sur une approche bibliométrique des publications scientifiques entre 2017 et 2024. Les auteurs ont exploité les bases de données Scopus et Web of Science pour dresser un panorama des tendances, des acteurs influents et des axes de recherche prioritaires.

Un premier axe de recherche se concentre sur les impacts économiques et sociétaux des monnaies numériques. Les chercheurs s’intéressent notamment à leur rôle potentiel dans la stabilisation de la politique monétaire et leur effet sur l’intermédiation bancaire. Certains en effet s’alertent des risques d’une désintermédiation bancaire en cas de fuites massives de dépôts vers ces monnaies.

Croissance du PIB…

En revanche, John Barrdear et Michael Kumhof suggèrent dans The macroeconomics of central bank digital currencies qu’une monnaie numérique pourrait générer une augmentation permanente du PIB de 3 % dès qu’elle alimente 30 % de l’économie. L'émission de monnaie numérique de banque centrale (MNBC) peut entraîner une réduction des taux d'intérêt réels en diminuant la quantité de dette publique. La calibration du modèle suggère qu'une baisse de 30 points de pourcentage du ratio dette publique/PIB est associée à une baisse de 60 points de base du taux directeur réel. Un coût de financement de la dette publique plus faible entraîne une croissance permanente d’environ 1,0 % du PIB. La liquidité accrue permet une réduction des coûts de transaction et génère une croissance supplémentaire.

Un deuxième ensemble de travaux se concentre sur l’architecture technologique des monnaies numériques de banque centrale, notamment l’utilisation des registres distribués et des contrats intelligents pour assurer la sécurité et l’efficacité des transactions. L’analyse de cooccurrence des mots-clés met en évidence l’importance du développement d’algorithmes de consensus et des preuves à divulgation nulle de connaissance (zero-knowledge proofs) pour garantir la confidentialité des transactions.

… Et croissance des publications

L’étude révèle une augmentation significative du nombre de publications sur les monnaies numériques depuis 2020. Le taux de croissance annuel des publications s’établit à 36,87 %, soulignant l’intérêt croissant des chercheurs pour ce sujet. Parmi les auteurs les plus prolifiques, Ozili Peterson se distingue avec quatre publications, tandis que d’autres chercheurs, comme Jang Huisu ou Zhang Xia, se partagent une production plus collaborative.

L’analyse par pays met en avant la Chine, avec un volume de citations particulièrement important, suivie par les États-Unis et le Royaume-Uni. L’intérêt de la Chine pour les monnaies numériques est confirmé par le lancement du yuan numérique (e-CNY) et par le projet mBridge (lire Qant du 7 juin 2024), qui explore l’interopérabilité de ces monnaies pour les paiements transfrontaliers.

L’étude souligne aussi la fragmentation des recherches. Si certaines publications adoptent une perspective technologique, d’autres se concentrent sur les aspects réglementaires et économiques, sans toujours articuler ces dimensions. De plus, la plupart des analyses reposent sur une seule base de données, limitant ainsi la portée des conclusions. L’étude préconise une approche plus intégrée pour explorer la convergence entre les innovations technologiques et les cadres réglementaires.

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